Les chants du tapis
Un des fondateurs de la confrérie des derviches tourneurs, le mystique Rümi disait :
"Dans les cadences de la musique du tissage est caché un secret. Si je le révélais, il bouleverserait le monde".
Comme sur une partition, l'écriture textile est une mise en lignes de signes. Les tisserands déchiffrent la mise en carte du dessin qui indique les couleurs de chaque nœud et la composition originale de chaque tapis. La chanson du tapis est le plus souvent transmise par tradition orale de mère en fille. Parfois le maître local, l'«Ustad», dessine avec sa canne, de village en village sur le sable de la cour, le schéma du tapis dont la fabrication sera ponctuée par des chants.
Tout est mélodie et rythmes. Rythme dans le geste régulier du nouage. Rythme des changements de couleurs. Rythme des matières et des motifs. Rythme dû aux différentes techniques, mais aussi rythme de la composition globale du tapis.
Les couleurs
Pour répondre à la demande des tisserandes et à celle des acheteurs européens, de petites teintureries artisanales réutilisant les teintures végétales, se sont créées en Turquie, en Iran et dans d'autres pays producteurs.
Il existe encore, dans certaines régions, des teinturiers ambulants dont les "recettes" comportent souvent des tours de main transmis depuis plusieurs générations. Les bruns tirés de la garance, le rouge violacé de la cochenille, le curcuma, le safran, le zeste de grenade, ou la pelure d'oignon donnent les jaunes. L'écale de noix et l'écorce du chêne, des tons de bruns et de noir. Le vert, la couleur du prophète, s'obtient par un premier trempage dans du bleu suivi d'un deuxième dans du jaune. Pour les teintures actuelles, devenues solides à la lumière, la gamme subtile de presque tous les coloris végétaux peut parfaitement être imitée mais les teintures végétales gardent une intensité, un éclat lumineux, un charme inégalable.