Appellations et origines

Chaque tapis est, à la fois, une histoire prodigieuse et un roman extraordinaire. Le tapis remonte à la plus haute antiquité. Intimement lié à l'histoire de l'évolution humaine, il est témoin de ses progrès.

Si l'Iliade mentionne plusieurs fois les tapis "velus", on sait que les Égyptiens couvraient de tapis de laine les animaux sacrés et que la reine de Saba en faisait de somptueux cadeaux à Salomon. Les Perses avaient soin de faire porter les pieds des lits sur des tapis. Au VIe siècle avant J-C, le tapis noué a été un substitut de la peau de bête. Jason, en dérobant la Toison d'or en fit le symbole du pouvoir et de la richesse.

On possède au Louvre, une statuette du dieu Apis avec un tapis figuré sur le dos, et nombreuses sont les représentations du tapis ottoman dans les tableaux de la Renaissance et de peintres flamands du XVIe siècle. Sans parler du tapis rouge des hautes personnalités, du tapis de Tamerlan, ou des tapis de prière islamique...

L'histoire du tapis suit celle des mœurs. D'article de nécessité, au Moyen-Orient, il fait partie du mobilier quotidien. Dans la Chine ancienne, il était soit un objet utilitaire soit objet de luxe, en ornement de palais ou de temple.

Sur cet artisanat millénaire, aussi vieux que l'histoire du monde, les influences culturelles des migrations ethniques jouent un grand rôle depuis des siècles. Le tissage est en grande partie une affaire de femmes. Certains tapis sont restés authentiques parce que leur tradition est encore vivante, d'autres témoignent d'une recherche pour concilier la longue tradition des motifs orientaux avec le goût européen.

À l'heure où créateurs et stylistes privilégient les ambiances ethniques, le tapis d'Orient justifie pleinement le regain de faveur des amateurs et collectionneurs.



Les différentes classifications

Les tapis anciens fabriqués avant 1890, 100 % teinture végétale.

Les tapis semi-anciens fabriqués entre les deux guerres mondiales.
La plupart d'entre eux, pour une production plus intensive, utilisaient des teintures chimiques.

Les tapis contemporains qui, par les progrès réalisés avec des qualités de laine supérieure, permettent des résultats proches des anciennes teintures végétales.

De nombreux pays producteurs encouragent les créations contemporaines de grande qualité, la vraie tradition ayant toujours été la création et non la copie de modèles anciens.
La qualité d'un tapis réside dans son caractère unique et son authenticité. Comme une pierre précieuse ou un tableau, il est vrai ou il est faux. Il est noué avec amour ou uniquement dans un but de commercialisation en série, "copie dégénérée" d'un modèle ancien.

À ces trois grandes classifications par catégorie, s'ajoutent celles des structures décoratives dominantes. Leurs motifs : chaque région utilise un langage différent selon les contraintes religieuses, sociales, économiques.

Leur emploi, leur format : tapis de séparation pour les nomades, tapis de foyer pour les citadins. Classification aussi en fonction des influences géographiques et climatiques. Un tapis a une histoire à raconter qui dépend du lieu où il a été fabriqué. Tapis de montagnes ou tapis de villages, tapis d'ateliers.
Par exemple, les tisserandes, face à des paysages désertiques aux couleurs monotones, rechercheront toujours des couleurs chaudes et vives. Environnées par la guerre, comme en Afghanistan, elles sont influencées par ce qu'elles découvrent, et ornent leur travail d'hélicoptères, de chars, de fusils-mitrailleurs, de bombes. Le tapis, miroir d'images, devient évocation de scènes de guerre.

Si, traditionnellement, les plus importants pays producteurs de tapis tissés à la main viennent d'Asie Mineure (Iran et Turquie), chaque région produit des tapis qui présentent, chacune, leurs particularités. Le Caucase (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Daghestan), l'Asie centrale ainsi que les anciennes républiques rattachées à l'Union soviétique, aujourd'hui en grande partie indépendante (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan, Kirghizstan et le Turkestan situé en Chine, l'Afghanistan, la Chine (avec l'annexion du Tibet), l'Inde et le Cachemire, le Pakistan et le Népal, l'Afrique du nord, l'Égypte et l'Arabie.

Certains tapis peuvent porter le nom de villes Arak, Saraban, ou Chiraz, de village Usak, d'un marché Boukhara, parfois d'une région du Caucase, ou d'une ethnie nomade ou semi-nomade Gashqaï. Le style caucasien tient à l'utilisation de couleurs vives etcontrastées et de motifs géométriques très abstraits.

D'autres tapis, pour des raisons commerciales, portent le nom particulier de leur technique ou de leur structure particulière. C'est le cas des Soumak (technique), des Nim Ball, tapis composés de l'assemblage de plusieurs morceaux, ou encore des Gabbeh, tapis rustiques à velours long de la région de Chiraz, proche de l'art naïf, très à la mode aujourd'hui et très prisés des Américains qui, pour des raisons politiques, les font copier ailleurs.

Les tapis peuvent aussi prendre le nom de leur format, comme le Kelley, tapis long et étroit.

Si l'histoire du tapis, au cours des siècles, est celle du mécénat, mais aussi des invasions, des déportations, des migrations, qui ont permis des contacts interethniques, interculturels, et interreligieux, les conflits actuels, les guerres et leurs cohortes de réfugiés bouleversent toujours les cartes géographiques et culturelles de l'artisanat du tapis.


Pour exemple :

  • L'influence des tisserands arméniens sur les ateliers des ethnies de cette vaste région d'Asie mineure à la suite des massacres de 1917.
  • Celle des réfugiés musulmans qui affluèrent à la création du nouvel état du Pakistan en 1947 et importèrent leur savoir-faire.
  • Celle des réfugiés afghans que l'on retrouvent aujourd'hui au Pakistan, souvent issus des tribus nomades : Ouzbeks, Baloutches, Turkmènes, dont certains tapis portent les noms.
  • Celle des tisserands tibétains réfugiés au Népal, pour lesquels la Croix-Rouge a créé de nombreux centres d'artisanat textile. On y trouve de somptueuses créations contemporaines de stylistes européens. Un tapis népalais noué main ou tufté, où le moderne et l'ancien, l'artisanat et la création, jouent des contrastes de couleurs vives, appliquées sur de vieux dessins tibétains ou de cartons à la commande. Produits en petites séries, sur mesure, avec l'exclusivité d'une signature, ces tapis népalais bénéficient d'une fabrication rapide et de prix avantageux.

Ainsi pour l'Iran, mine d'or du tapis, qui malgré son embargo fait face à la demande
internationale. Plus de deux millions de personnes travaillent aujourd'hui dans ce secteur.

Un quart de la production iranienne est exportée dans le monde entier, et tout d'abord dans les pays limitrophes.

L'Iran est célèbre pour ses points fins, ses tapis de tribus, et aujourd'hui ses Gabbeh, qui ont révolutionné le tapis traditionnel. Par leur originalité et leur invention, il n'y a pas deux Gabbeh identiques. Ce sont des productions rares de tribus semi-nomades nécessitant plus d'une longue saison d'été de travail, au rythme d'un mètre carré tissé en un mois. Copiés dans de nombreux ateliers du Pakistan et de l'Inde, vendus sous les noms d'Indo-gabbeh, moins chers que les originaux.

  • C'est aussi pour leur rareté et leur charme que les Saraban sont également copiés, sans relief ni matière, dans certains ateliers de Turquie et dans de nombreux ateliers indiens.

Des copies qui sont déjà en voie d'extinction car dans un artisanat aussi sensible que celui du tapis, sans création, aucune évolution n'est possible.



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